10 ans de MOONCUP

Déjà!

Petit avertissement: dans cet article je ne vais pas détailler de manière exhaustive le côté pratique (comment/pourquoi) de la cup sur lequel « l’internet » regorge d’infos sérieuses.  Je voudrais plutôt faire un point sur « les règles, il y a 10 ans / qu’est-ce qui a changé, quelles représentations maintenant? » et rentrer, simplement et sans jugement, dans le vif du sujet: ce que la coupe menstruelle peut venir bousculer dans les représentations et le rapport à son propre corps.

Chapitre 1 : inexistence de la coupe menstruelle en France

Lorsque je me suis intéressée à la coupe menstruelle, l’objet n’existait pas encore en France, ni en magasin, ni dans les esprits! Quelques articles ont commencé à paraître dans une certaine presse (axée sur l’écologie et les pratiques de lifestyle bio) car nos voisins britanniques étaient familiers de la cup, alors commercialisée principalement sous la marque déposée « Mooncup » et traduite en français par le terme « coupe menstruelle ».

D’ailleurs, pour la petite histoire, il semblerait que les premiers prototypes de coupe aient été mis au point aux USA.

Au moment donc où j’ai lu quelques articles sur le sujet, (qui ne décrivaient pas bien l’objet et son utilisation), aucune coupe n’était encore commercialisée en France, ni en magasin, ni sur internet. Il a fallu environ 5 ans avant que je ne découvre une première Lunacopine dans les rayons d’une Biocoop, et, récemment, j’ai vu que même dans certains rayons de supermarché, (par exemple, au hasard, à l’Intermarché d’un coin paumé de l’Isère) les coupes avaient fait leur apparition; voyez plutôt:

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Je me souviens être allée sur le site internet de la société qui commercialisait la Mooncup, et avoir commandé ma première coupe pour environ 15 livres sterlings. Les petits pochons en coton bio (ruban vert pour la taille B) étaient déjà les même à l’époque, mais la cup a changé avec un silicone moins translucide, un peu plus blanc. Aujourd’hui il semblerait également que l’objet soit vendu en package, c’est-à-dire, avec certains avantages et/ou services supplémentaires, pour la modique somme de 31,95 euros.

Chapitre 2 : avantages et inconvénients des avantages!

Quoiqu’il en soit, j’utilise encore aujourd’hui la même coupe qui n’a subi aucun effet d’usure, si ce n’est une coloration du silicone, n’ayant pas pris garde à l’époque qu’il fallait rincer la coupe à l’eau froide, et non chaude, afin justement de ne pas « cuire » le sang et éviter cette coloration. Mais bon, il n’y a que moi qui la voit et l’utilise, et ce n’est pas un objet de déco: soit elle est rangée dans son pochon en coton, soit je la porte!

Je me souviens aussi d’avoir parlé de l’utilisation de cette coupe à des amies, qui semblaient rebutées par l’idée de se « salir les mains » en insérant ou retirant la cup durant les règles.

Personnellement, je n’avais pas l’habitude d’utiliser des tampons avec applicateur, alors cela ne faisait pas beaucoup de différence pour moi. Et je trouvais logique de me laver les mains avant et après utilisation d’un tampon. J’avais aussi pour habitude de toujours avoir une gourde de rando remplie d’eau avec moi durant la journée, (journée de cours ou de stage, étant alors étudiante en licence de psychologie). La gourde en question s’est mise aussi à me servir pour rincer ma cup une fois aux WC, et éventuellement me prodiguer un rinçage à l’eau claire avant de me sécher consciencieusement (l’humidité étant vecteur de mycoses et autres désagréments), si j’éprouvais le besoin de cette mini-toilette pour me sentir plus fraîche et bien dans mes sous-vêtements.

Il est vrai que le marketing des produits d’hygiène féminine n’aborde la question du sang que sous un aspect négatif: « mauvaise » odeur, inquiétude de la tâche, de la souillure-salissure… Ou ne l’aborde peu ou pas, du côté des sociétés qui commercialisent les coupes menstruelles, car le discours se veut radicalement bodypositive, je pense.

Ainsi, on peut aisément comprendre que la gente féminine ne se trouve peut-être pas dans la meilleure disposition d’esprit pour cette confrontation renouvelée avec le produit de ses menstruations. Je dis « renouvelée » car la première – et donc a priori la plus marquante – se déroule au moment des premières règles; cette première impression (différente pour chacune; « forte » et banale à la fois?) est vite « neutralisée » par la monotonie d’un cycle qui s’installe et se répète inlassablement. Aussi, et sans vouloir trop m’avancer, je pense que l’utilisation de la cup remet face au rapport entretenu à son propre corps et à ce qu’il produit/sécrète, les limites de notre acceptation/tolérance personnelle étant chargées de notre histoire individuelle et des épisodes qui la compose.

Dans cette optique, Mooncup (je prends un exemple que je connais, mais il y en a d’autres) fait le choix d’un discours misant sur l’acceptation, sur le confort, l’hygiène et la douceur du silicone. L’un de leur sloggan est: « vous aider à assumer vos règles ». Le mode d’emploi donné décrit un nettoyage et une stérilisation à l’eau et à l’eau seulement. Très éventuellement à l’aide des comprimés de stérilisation des tétines de biberon utilisées pour les bébés.

A l’inverse, autre exemple, la société commercialisant Lunacopine, elle, propose l’utilisation d’un gel nettoyant spécial appelé Feelbetter, (littéralement « se sentir mieux ») pour la coupe.

L’appréciation de l’odeur et de la texture du sang menstruel est donc une question de sensibilité personnelle; le critère le plus important demeurant le confort psychologique des jeunes filles/femmes, rien d’autre. Et le fait objectif étant que ce sang aura nécessairement une consistance et une odeur, qu’il n’est pas possible de faire disparaître comme par magie.

Voilà ce que je me dis, pour ma part, et sans vouloir paraître trop triviale (!) : lorsque vous vous rendez aux WC après quelqu’un, il peut arriver qu’il y ait des odeurs résiduelles, (logique, étant donné l’endroit où l’on se trouve!). Vous pouvez vous en sentir dégoûté(e), olfactivement agressé(e), ce que vous voulez … ou vous dire que la situation est difficilement évitable et que parfois il vous arrive de vous trouver dans la posture inverse! On peut dire que cela fait partie des enjeux du « vivre-ensemble »: de supporter les autres permet généralement de mieux se supporter soi-même, et vice versa, (comprendre « supporter » au sens d’être son meilleur supporteur :)).

Chapitre 3 : « oublis » majeurs et mise en lumière progressive

Je reviens à mon fil chronologique: dans le « bain sociétal » de l’époque, les règles n’étaient pas vraiment un sujet de discussion, même entre jeunes filles / femmes. Et pourtant, étant fille d’infirmière travaillant en lycée, je peux vous dire que je connaissais par cœur toutes les brochures de prévention/information dédiées aux ados. Celles-ci traitaient principalement de tout ce qui a trait à la sexualité et aux situations à risque que peuvent rencontrer les jeunes durant cette période de vie délicate que composent la puberté et l’adolescence. Je pense qu’un certain nombre d’informations s’y trouvaient déjà, mais que le discours de prévention était très axé sur la prise de risque, donc tout ce qui concerne les grossesses accidentelles et la transmission de MST, (le fait d’être réglée étant synonyme de maturité sexuelle sur le plan biologique pour les jeunes filles). Dans mon souvenir, l’aspect expérientiel d’un cycle hormonal était limité à des données concises et médicales (restreintes).

En conséquence de ce manque de communication sur ce point, je n’avais pas trop notion des durées maximales de port d’un tampon et encore moins du gravissime phénomène de choc toxique. N’ayant alors pas un flux abondant durant la totalité de mon cycle, (et encore moins concernant la période où j’ai pris la pilule), il pouvait par exemple m’arriver très couramment de garder un tampon toute une journée. Et bien sûr j’en utilisais un pour flux abondant durant la nuit.

Aussi, je pense que sans vraiment le savoir, et motivée principalement par ma « prise de conscience écologique » émergente, l’achat de cette coupe menstruelle m’a été bénéfique sur bien des plans en m’amenant à porter davantage attention* à ce qu’il se passe durant et autour de mon cycle.

*(Peut-être est-ce aussi cela qui dérange certaines déçues de l’utilisation de la cup: devoir momentanément consacrer un peu plus de temps et d’attention à ré-apprivoiser les gestes de la période menstruelle).

img_20181019_1811041385432364734560094.jpgSans parler du moment où, à 20 ans, j’ai décidé de stopper la pilule, (j’avais débuté à 17 ans avec la maintenant tristement connue, puis retirée et remise sur le marché, Diane 35) pour passer sous DIU ou « dispositif intra-utérin » au cuivre (a.k.a un stérilet) et que j’ai redécouvert mon cycle complètement chamboulé par cette parenthèse de prise de pilule. J’ai alors été sujette à un syndrome pré-menstruel éprouvant, un flux plus important et douloureux que ce que j’avais connu de 14 à 17 ans.

Là où je n’avais jamais vécu mon cycle comme un temps à part car présentant des désagréments, j’ai souffert de cet « après la pilule » durant lequel cette période mensuelle était redoutée et vécue comme un calvaire parfois.

Je pèse mes mots, car la douleur qui revenait tous les mois rayonnait jusque dans le dos et les jambes, m’amenant une fois à me rendre aux Urgences, fortement encouragée par mon petit ami de l’époque qui ne trouvait pas normal que je souffre ainsi sans rien dire, (oui parce que niveau gynécologie, prise en compte de la parole des jeunes filles, etc. nous revenons de loin, et comme toute norme intégrée, j’avais alors appris à souffrir en silence, surtout pour un motif si spécifiquement … féminin!).

Je me suis alors entendu dire que « tout était normal » avant que l’on ne me laisse repartir avec un cachet de Di-Antalvic en poche, autre médicament retiré du marché depuis (!). Et puis, après tout, cela donnait raison aux gynécologues qui avaient refusé de me poser un DIU, et à celui du Planning Familial qui avait accepté de me le poser après me l’avoir déconseillé, car le stérilet au cuivre est connu pour occasionner ce genre d’augmentation du flux menstruel.

Petite parenthèse importante: le gynécologue en question ne m’avait pas déconseillé le stérilet précisément par rapport à cette éventualité d’un flux plus abondant – comme ceux qui m’avaient opposé un refus simple – mais bien parce que j’étais « nullipare » (jargon médical pour désigner la femme n’ayant pas eu d’enfants), et que, même s’il existait déjà du matériel prévu pour ce type de demande, (à savoir plusieurs modèles de stérilet dit « short » i.e modèles plus petits, plus courts, prévus en fonction de l’anatomie des patientes nullipares), les gynécologues redoutaient ce geste médical délicat. Ainsi, « cela ne se faisait pas »!

Faut-il que je précise qu’au fil des années tout est rentré dans l’ordre sans avoir besoin d’endormir le problème à coup d’anti-douleurs de choc, que depuis et à mon grand intérêt, certains gynécologues responsables et consciencieux – merci infiniment Martin Winckler et son Webzine – ont ouvert la boite de Pandore en osant questionner les pratiques et pointer les abus du corps médical ne prenant pas suffisamment en compte le choix des patientes, jeunes ou moins jeunes… mais j’y reviendrai, plus tard, le sujet méritant ses propres développements.

Que de choses apprises sur le tas concernant mon cycle, mon anatomie, mes besoins spécifiques … qui m’auraient probablement évité le cortège de réjouissances qui viennent, notamment, en conséquence des déséquilibres de la flore vaginale et ce, uniquement à cause de la publicité et des inventions de l’industrie de la cosmétique à l’intention des femmes. C’est ce qui me motive à revenir sur ces sujets et à écrire pour raconter.

Aujourd’hui, pléthores de coupes sont apparues sur le marché: Misscup, Fleurcup, Divacup, Be’cup, Claricup, Meluna, Luneale, Miucup… la liste est loin d’être exhaustive! Chacune mettant en avant un argument marketing, plutôt qu’un autre. Sans m’amuser à détailler chaque offre, le point commun demeure l’intégrité du produit, (à savoir l’utilisation d’un composant non-agressif pour le corps féminin), parfois redoublé d’un « fabriqué en France ».

Dans ce que j’ai pu relever, qui les distingue, il y a notamment ceci:

  • Miucup propose non seulement deux tailles de coupes, mais aussi deux capacités de contenance par taille.
  • Be’cup commercialise trois tailles et un stérilisateur. Le créneau semble être celui de la plus grande accessibilité (points de distribution en supermarché comme je le disais plus avant, et prix). Ainsi, est affiché sur leur site:

Be’Cup est la première coupe menstruelle accessible en grandes et moyennes surfaces ! Disponible à un prix de vente conseillé de 17.95€*, elle bénéficie de la TVA à taux réduit (5.5%) correspondant aux produits de première nécessité, récemment adoptée à l’Assemblée Nationale.

  • Lunacup: comme je l’ai expliqué, propose des lingettes lorsque pas de lavabo disponible et un gel spécial de nettoyage.

=> Si vous utilisez une cup citée mais non explicitée, ou encore une autre marque/un autre modèle non cité ici, n’hésitez pas à écrire en commentaire ce qui mériterait d’être partagé. Est appréciée à sa juste valeur ici l’entraide et le soutien de la sororité ;D

Chapitre 4 : autres sources, autres ressources

=> D’autres blogueuses se sont déjà attelées à une étude comparative très détaillée sur les coupes menstruelles. Tout y est: tarifs, modèles, longueur de tige, contenance, composant, lieu de fabrication, coloris … tout !!

=> Passion Menstrues, le site web de Jack Parker (pseudo de Taous Merakchi) qui a aussi écrit « Le grand mystère des règles – pour en finir avec un tabou vieux comme le monde », (et mettre fin au règne de « la grande misère » des règles ? 😛 ;-)). J’ai pour projet d’aller très prochainement le feuilleter à la bibliothèque du coincoin.

 

 

 

=> Controverse sur le choc toxique, l’étude des HCL de Lyon de 2017 mal interprétée dans un premier temps: il n’y a pas de bonne ou mauvaise protection, mais des bons usages et mauvaises pratiques concernant les gestes d’hygiène, par manque d’information (on y revient toujours! Rien ne vaut le partage d’expériences pour construire du bon sens sur de bonnes pratiques).

=> Car beaucoup d’autres on saisit l’air du temps et la pertinence de partager son expérience, voilà, en autre exemple, l’article de Garance Doré sur ce point, My Dear Period (en français).

=> Voir ce que le Magazine de la Santé sur France 5 dit de la coupe menstruelle.

=> Il existe aussi pléthore vidéos type « j’ai testé la coupe menstruelle » sur Youtube: je ne suis pas allée détailler le côté pratique/mode d’emploi dans cet article puisque nombre de youtubeuses/blogueuses le font déjà très bien.

=> Le site « On peut le faire » qui se veut un « guide pratique des coupes menstruelles », se présentant ainsi:

Voilà, l’état des lieux étant fait, nous sommes 4 bouts de bonnes femmes à avoir eu envie de faire un article sur les coupes menstruelles, que nous utilisons et dont nous sommes satisfaites afin que vous puissiez vous aussi vous y coller en ayant un guide qui se veut plutôt exhaustif. Il existe d’autres alternatives telles que les éponges, ou les serviettes lavables, mais nous n’en parleront pas ici.

=> Explorations artistiques, avec le très symbolique PYNK de Janelle Monae

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